La désintermédiation

En Europe, les banques sont les principales sources de financement des entreprises non financières. En zone euro, près de 80 % des financements des entreprises prennent la forme de prêts bancaires, les 20 % restants provenant des marchés financiers via l’émission d’obligations. Cette répartition 80/20 est inversée aux États-Unis où les marchés procurent l’essentiel du financement des entreprises.

Cependant, après la crise des subprimes et compte tenu de l’évolution récente de la réglementation, le système bancaire européen se retrouve au cœur d’une mutation structurelle aux dépens de l’activité de financement par les banques. Ce phénomène a été baptisé « désintermédiation ». Il peut prendre différentes formes, des émissions obligataires traditionnelles aux prêts directs par des investisseurs non bancaires comme les compagnies d’assurance et les fonds de pension. Les investisseurs s’intéressent de plus en plus aux financements à long terme dans des domaines tels que les projets d’infrastructure, l’immobilier commercial, le financement aéronautique, maritime et des exportations. Ils peuvent participer à des prêts conjoints avec les banques, acheter des « obligations projet » (project bonds) ou d’autres types d’obligations adossées à des actifs, dont le marché se développe progressivement en Europe. Un marché standardisé existe déjà pour certains de ces instruments en Europe, par exemple l’immobilier commercial, mais pour d’autres, comme les routes et les avions, il n’en est qu’à ses prémices.

Le processus de désintermédiation est déjà bien engagé sur le Vieux Continent. L’intérêt croissant des investisseurs pour l’activité de financement devrait permettre à l’Europe d’adopter un modèle plus proche de celui des États-Unis, avec un rééquilibrage des financements entre les banques et les investisseurs institutionnels. Les banques conservent néanmoins un rôle essentiel dans le nouveau système : dans la plupart des cas, elles conserveront dans leur bilan une partie des financements, garantissant ainsi un alignement de leurs intérêts sur ceux des investisseurs et empêchant que ne réapparaissent les excès du système de désintermédiation totale à l’origine de la crise des subprimes. Les établissements bancaires continueront aussi à assurer des fonctions de structuration et de service, activités qui nécessitent une expertise bancaire traditionnelle et dont les barrières à l’entrée sont élevées.

Le phénomène de désintermédiation constitue donc une évolution gagnante-gagnante pour le marché européen. Cela lui permettra en effet de s’adapter aux nouveaux paradigmes financier et réglementaire et de continuer à financer l’économie réelle et la croissance, tout en associant les actifs historiques/l’expertise du crédit des banques et la capacité de financement à long terme des investisseurs.

Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés